lundi 9 septembre 2013

Fin des Vacances

Que reste-t-il de ces vacances,
Quand les valises sont bouclées ?
Tout simplement quelques regrets
Et des photos en abondance.
La mer est une délivrance,
Dans notre vie trop sclérosée.
On ne peut qu'être bouche bée
Devant tant de magnificence.

Les enfants ont rangé les jouets,
Ces attributs de leur enfance,
Le râteau et le seau garance
Retrouvent la bouée dégonflée.
Ils en auront à raconter
A l'école, et en l'occurrence,
Ils piaffent déjà d'impatience,
De voir les copains de récré !

Les plus grands sont en pénitence,
En relisant le doux billet
De l'âme sœur d'un été,
Apprentissage de l'absence.
Les images de ces romances
Et le goût des baisers salés,
Resteront dans leurs cœurs gravés,
Premier amour d'adolescence.

Les parents vont abandonner
Le temps d'inaction, d'indolence,
Virant parfois à l'indécence
Des corps enfin en liberté.
Mais il est temps de retrouver
Les collègues, les convenances,
Et quelques dossiers en souffrance.
Au boulot, il faut s'atteler !

La maison redevient silence,
Lorsque les volets sont tirés.
Et la pluie, enfin arrivée,
Supprime l'envie d'insouciance.
Que reste-t-il de nos vacances,
Quand les valises sont bouclées ?
Quelques souvenirs entassés
Dans des bagages en partance.
Septembre 2013

mardi 6 août 2013

Parfois...

Parfois, nous vient l'envie, pour cacher nos aigreurs,
De mettre sur les mots, des touches de couleur.
Devant les embarras, on cherche la chaleur
D'un sourire partagé, et manquant de pudeur,
On parsème ses vers de traits souvent rieurs,
Par crainte de montrer sa peine, sa douleur.

A l'image du clown, cet éternel enfant,
Qui suscite la joie, amuse les passants.
Mais l'unique ressort, de ces amusements,
Est le malheur des autres, presqu'exclusivement !
Et qui sait ce que sont ces propres sentiments,
Quand il quitte la piste, lorsqu'il est hors du champ ?

Masquer la vérité est un jeu tentateur,
Pour les carnavaliers, de Venise ou d'ailleurs.
En fabriquant un monde, anonyme et trompeur,
Ils se grisent de faux, deviennent suborneurs.
Mais parfois sous le loup, se cache des rancœurs,
Qu'ils doivent tempérer, pour rester bambocheurs.

Le monde est ainsi fait, vulgaire, malveillant,
Qu'on ne fait que chercher, depuis la nuit des temps,
Des astuces pour fuir, de multiples tourments.
On déguise sa vie, pour oublier, un temps,
Le plus définitif et le plus angoissant,
Le trépas qui viendra, inéluctablement.

Aussi ne laissez pas ronchonner votre humeur,
Pour des petits textes, qui manquent de hauteur.
Plongez sans retenue, vers ce côté rieur,
Ou sinon vous risquez de gâter votre cœur.
Par des écrits légers, amusants ou moqueurs,
Il est temps de semer, des graines de bonheur !
Août 2013

samedi 27 juillet 2013

Dans la Rue

Pédalant sur ma bicyclette,
Je me balade dans la rue,
Et je croise des inconnus,
Beaucoup de drôles de binettes,
Que j'avais pourtant déjà vues :

Bien accrochée à sa poussette,
Avec deux-trois marmots autour,
La nourrice fait demi-tour,
Trottine vers sa maisonnette,
Craignant toujours d'être à la bourre !

Copies rangées dans sa musette,
Et l'écharpe volant au vent,
Le prof avance l'air content.
Dans un an, enfin la retraite,
Débarrassé des garnements !

Les oreilles dans les casquettes,
Des ados, adossés au mur,
Trouvent que les temps sont trop durs !
Et si on leur prend leurs tablettes,
Penseront-ils à leur futur ?

En tirant sur sa cigarette,
Le boulanger n'est pas serein,
Il ne vend pas assez de pain.
Combien faudra-t-il de chouquettes
Pour le sortir de ce pétrin ?!

Délaissant enfin internet,
Deux gamins découvrent l'amour,
Leurs cœurs deviennent troubadours.
Les doux serments dans leurs mirettes,
Valent mieux que de longs discours...

Une noce, un jour de fête,
Les époux devant la Mairie
Se protègent des grains de riz.
Ils rient et partent en goguette,
Oubliant, un temps, les soucis !

Ayant égaré ses lunettes,
Un petit vieux, tête chenue,
Semble totalement perdu.
Il a hâte qu'enfin s'arrête,
Ce monde qu'il ne comprend plus !

Tout transpirant dans sa liquette,
Passe le docteur, en courant,
Il va au chevet d'un patient.
Mais son diagnostique l'inquiète,
Il craint de trouver un mourant !

Un accident, une boulette,
Un corbillard au carrefour
A fauché la belle-de-jour !
Et la camarde fait risette,
Ses affaires roulent toujours...

J'emmagasine dans ma tête,
Ces instants captés dans la rue,
Qui se succèdent, parfois confus.
Mais cheminant à bicyclette,
C'est la vie que j'ai reconnue !
Juillet 2013

mercredi 17 juillet 2013

Cocorico !?

Enfin !
Nous l'avons attendu, nous l'avons espéré,
Ce moment de vacances, ce temps de liberté.
Pour retrouver la paix, dans ce monde stressé,
Nul autre besoin que la campagne en été...

Cocorico !
Ah qu'il est amusant, de se voir réveillé
Par un coq impétueux, qui dès potron-minet
Somme les habitants de cette maisonnée
A entamer gaiement, une belle journée.
La veille, arrivés énervés, harassés,
Nous nous sommes couchés, dès la fin du diner.
Mais quel bonheur de voir, en ouvrant les volets,
Le soleil qui se lève sur les champs et les prés.

Cocorico !!
Comme chaque matin, ce coq... déjanté,
Prend un malin plaisir à vouloir claironner
Qu'il est temps d'ouvrir l’œil,  et de se préparer
Pour se mettre en chemin en partant du bon pied.
Mais il faudrait lui dire, que le but des congés,
C'est de permettre aux gens, d'enfin se reposer.
Que si nous sommes là, c'est pour en profiter,
Et que son chant strident, nous rend fort agacé !

Cocorico !!!
Ce matin c'en est trop, cela suffit, assez !!
Nos nerfs sont attaqués, nos tympans sont percés,
Car même en plongeant sous un tas d'oreillers,
Son cri fore la ouate, transperce le duvet.
Que pouvons-nous donc faire, qui trouvera la clé,
Faut-il le museler ou lui mettre un bonnet ?
Mais il devra cesser, ou bien cet obstiné
Finira à coups sûrs, dans une fricassée !

Cocorico !!!!
La nuit fut difficile, le sommeil agité.
Poursuivant ce maudit à grandes enjambées,
Brandissant un couteau d'une main agitée,
L'obsession se fait jour : lui couper le sifflet !
Il est temps de partir, de quitter la contrée.
Tant pis si les congés sont de fait, écourtés,
Nous allons retrouver, de la ville, l'air vicié,
Les cris, les pétarades, les voitures klaxonnées !

Conclusion :
L'an prochain, nous irons contempler les marées !
Sur la plage, au soleil, respirer l'air iodé,
Entendre le clapot des vagues enroulées,
Voir des bateaux ancrés, et des poissons...... muets !!
Juillet 2013

lundi 1 juillet 2013

Merci Professeur (Compliment)

L'année se termine pour tous les écoliers.
Donc, à leur intention, je viens de composer
Ce tout petit poème, afin de les aider
A faire un compliment, pour instits...... éreintés !

Aussi :

C'est l'heure des vacances, promesses de douceurs,
Mais nous devons saluer, madame le professeur,
Qui a su nous montrer la joie et la grandeur
D'accéder au savoir, la voie vers le bonheur.

Vous nous avez guidés, avec tant de chaleur,
Essayant de rester toujours de bonne humeur.
Ainsi, nous avons cru, que notre dur labeur,
N'était en fait qu'un jeu, loin de toute frayeur.

Nous qui allons croiser d'autres instituteurs,
Nous envions les petits, l'esprit plein de fraîcheur,
Qui vous verrons, madame, user de tant d'ardeur
Pour semer dans leurs chefs, des rêves en couleur.

L'année se finissant, nous retenons nos pleurs,
Car des "grands" comme nous, préservent leur pudeur !
Au diable les adieux, madame le professeur,
Puisque vous resterez dans un coin de nos cœurs.

(Bien sûr, il est possible de remplacer "madame" par "monsieur", de supprimer des vers ou des strophes. Ceci est un poème modulable à loisir !)
2009-2013

mercredi 19 juin 2013

J'Fais du Vélo !

Un simple rayon de soleil
Me mets les mollets en éveil.
Je joue à fond de ma burette
Pour peaufiner ma bicyclette :
Je graisse chaîne et pignon,
Fixe des pneus sur les rayons.
Enfin j'enfourche mon engin,
Afin de vérifier les freins.

Fini le temps du mécano,
Je suis parti, j'fais du vélo !

Cela faisait plusieurs années
Qu'il se languissait, remisé,
Rêvant de vadrouilles, de randos.
Moi, assis devant mon micro,
Oubliant qu'il nous faut bouger,
Je commençais à m'encroûter !
Je veux retrouver la sveltesse
Qui marqua toute ma jeunesse.

Alors, pour perdre des kilos,
C'est décidé, j'fais du vélo !

Concentré sur ma pédalée,
Mon esprit se sent apaisé.
J'oublie les chagrins, les soucis,
Ces noirs cadeaux que fait la vie.
Les aléas, peines de cœur,
Ce qui met à mal le bonheur,
Sans négliger la maladie,
Qui sera l'ultime défi...

Aussi, pour chasser les sanglots,
Tout oublier, j'fais du vélo !

Un peu serré dans mon cuissard,
Je suis étonné de pouvoir
Accumuler les kilomètres.
Je me sens bien dans tout mon être !
Je roule comme propulsé,
Cheminant sans jamais forcer.
Les jambes se sont débridées
Et les mollets décontractés.

J'avance le vent dans le dos,
Je suis heureux, j'fais du vélo !

Je suis enivré par l'ivresse
De goûter sur moi la caresse
D'un air qui fleure la nature,
Et m'incite à baisser l'allure.
Repérer les coquelicots,
Entendre le chant d'un oiseau,
Deviennent des allégories
Prouvant que ce monde est joli.

Soudain je deviens écolo,
Coucou la vie, j'fais du vélo !

Cela fait maintenant deux heures
Que je roule tout en douceur.
Il est temps de faire une pause
Pour prendre un peu de saccharose,
Afin d’éviter la fringale
Qui guète le coursier cigale.
Une boisson au goût sucrée
Est propulsée dans mon gosier.

Boire au bidon, c'est rigolo,
Comme les pros, j'fais du vélo !

Je regarde mon GPS,
Et mets en doute sa justesse,
Car le chiffre fait apparaître
Un grand nombre de kilomètres.
Je me suis peut-être emballé,
Mais maintenant je dois rentrer.
Le retour vers le domicile
Risque fort d'être difficile.

Car moi, je n'ai pas d'EPO,
Même rincé, j'fais du vélo !

Je sais pourquoi j'ai avancé
Avec tant de facilité :
Le vent que j'avais dans le dos,
Je l'ai de face, et c'est ballot !
Les bourrasques sont si violentes,
Que je pédale en descente !
Même si je fais la grimace,
Je suis plus lent qu'une limace...

J'en bave des ronds de chapeau,
Mais pas le choix, j'fais du vélo !

Pédaler au bord de la mer
Peut devenir un vrai calvaire,
Si, comme les mauvais marins,
On ne prévoit pas son chemin.
Les guibolles en accordéon,
Les mains crispées sur le guidon,
Tous mes muscles se tétanisent,
Même ma volonté se brise.

Je n'ai pas l'âme d'un maso,
Ras le bol, fini le vélo !

Que ce retour a été long,
Mais je vois enfin la maison.
Vite, finir cette balade,
J'ai les fesses en marmelade.
Je suis brisé, vidé, rompu,
Tout mon corps semble courbatu.
C'est digne d'un toxicomane,
Que d'être accro à la bécane !

Arrivé je vais illico,
Balancer ce maudit vélo !

Mais je sais bien au fond de moi,
Que malgré tous ces aléas,
Sans pour cela être girouette,
Je reprendrai ma bicyclette !
Car tout en roulant à vélo,
On retrouve ses joies d'ado,
Recouvre son esprit rebelle,
Aussi libre qu'une hirondelle !

Donc, quand le temps sera au beau,
Résolu, j'ferai du vélo !!
Juin 2013

lundi 3 juin 2013

Où Sont Passés Nos Rêves ?

Dans la grisaille ambiante, plaignez le pauvre auteur
Qui n'a qu'une ambition, celle de vous distraire,
Mais dont l'inspiration, face à toutes ces guerres,
Ne génère qu'images dépourvues de couleur.

Même si le soleil darde bien ses rayons,
Que le printemps s'annonce, renaissance sereine,
Nul ne peut endiguer cet océan de haine
Qui suinte des nouvelles diffusées à foison.

On a beau essayer de se changer la tête,
D'aller se promener, de rêver de vacances,
De s'étourdir de chants, de musiques et de danses,
Le cœur reste figé, ne part plus en goguette.

Au nom de quel principe a-t-on pu laisser faire
En sorte d'oublier les sublimes idéaux
De paix, de libertés, pour que les gens, égaux,
Ne se regardent plus comme des adversaires ?

Vous me direz : "voyons, ce ne sont qu'utopies,
Que la vie n'est pas simple, qu'il y a des écueils,
Qu'il faut de ces marottes savoir faire le deuil,
La quête de bonheur, n'est que vue de l'esprit !".

Et pourtant ces idées, venues de notre enfance,
Qui devaient nous aider à vivre pleinement,
En comprenant les autres et en les acceptant,
Etaient gages de paix, d'amour et de confiance.

Confiance en l'être humain, dont seule la pensée
Peut combattre le poids de l'animalité
Que nous portons en nous, et que la société,
En toute diligence, se doit de museler.

Et comment expliquer ces communautarismes
Ethniques, économiques, religieux, fanatiques,
Qui piétinent l'esprit, prônant un idyllique
Paradis pour eux-mêmes, sous couvert d'altruisme.

Que dire des moyens, que ces gens utilisent,
Refusant le dialogue, l'écoute, le discussion.
C'est à coups de violence, tueries, explosions,
Qu'ils masquent surement, leur propre couardise.

Au nom de grands préceptes, on voit tout un chacun
Vouloir anéantir son voisin, son prochain.
Est-ce que vieillissant, je ne comprends plus rien
A ce monde égoïste qui nie le genre humain ?

Le reste de nos vies sera désespérant.
La haine planera, véritable vautour,
Sans qu'un monde meilleur ne voit enfin le jour !
Où sont passés nos rêves et nos espoirs d'enfants ?

Addendum :
Parce qu'au fond de moi, existe un optimisme
Puéril et maladroit, je crois que malgré tout,
L'homme s'en sortira, car il a les atouts
Pour vaincre, à nouveau, tout cet obscurantisme !
Mai 2013

lundi 20 mai 2013

Orphelin

Je n'ai pas eu de promenade,
Main dans la main avec mon père,
Ni les élans, les embrassades,
Tous ces plaisirs élémentaires.
Lorsque je partais en balade,
J'étais seul ou avec mon frère,
La petite enfance est malade
De cette absence tutélaire.

Je jalousais mes camarades,
En les entendant, fort diserts,
Raconter à la cantonnade,
Des récits filiaux ordinaires.
Moi, je n'avais d'autre parade,
Car je ne pouvais que me taire,
Que de partir, bougon, maussade,
Chercher le giron de ma mère.

En sirotant mes orangeades,
Sur la plage, scrutant la mer,
Je laissais mon esprit nomade,
Rêver à ce jour où ce père,
Au retour de quelque croisade,
Me revenait, tel un corsaire,
Pour me conter ses escapades,
Toute sa vie aventurière.

Ce n'était qu'une mascarade,
Ou simplement une chimère,
Rien d'autre qu'une galéjade,
Pour dissimuler la misère
D'un cœur qui battait la chamade,
Empli d'une tristesse amère,
De ce sentiment de panade
Que je portais en bandoulière.

Malgré toutes ces estacades,
Jetées afin de me distraire
De cette désolation froide,
Je revenais les pieds sur terre.
Pour limiter mes incartades,
Je passais par le cimetière,
Voyant derrière la palissade,
La tombe grise de mon père.

J'étais bébé lorsque, malade,
Il fit son ultime croisière.
Tel un bateau resté en rade,
Ma pensée était en jachère.
Je n'ai même pas la pommade
Des souvenirs pour me complaire,
Quelques photos en enfilade,
Garnissent mon imaginaire.

Son odeur lors des embrassades,
Le son de sa voix en colère,
Sont les absences, les brimades,
D'une mémoire lacunaire.
Et le récit d'une décade
De vie commune avec ma mère,
Ne donne qu'une image fade,
Il reste pour moi un mystère.

Lorsque la mort, en embuscade,
Me transformera en poussière,
Je veux pour ultime accolade,
Etre posé près de sa bière.
Tout en lui lançant des œillades,
J'espère pouvoir enfin faire,
Cette dernière promenade,
En serrant la main de mon père.
Mai 2013

vendredi 10 mai 2013

Photo de Classe

A l'heure du numérique, où il n'est même plus nécessaire d'avoir un appareil-photo pour mitrailler tout et rien, aussi rapidement qu'un chapelet d'éternuements causés par un rhume des foins, il est touchant de tomber par hasard, sur une vieille photographie d'enfants alignés pour la traditionnelle photo de classe.

Dans la première partie du siècle dernier, dans ce que l'on nomme actuellement les Régions et qui était alors la Province, l'évènement, car cela en était un, impliquait une modification de la routine matinale.
Le levé était généralement avancé d'une bonne demi-heure car la toilette du gamin se devait d'être exemplaire. Une toilette "en grand", avec savon, sur tout le corps, tignasse comprise ! Vérification des mains, des ongles et des oreilles. Bref, la toilette du dimanche un jour de semaine ! Et encore, bien heureux celui qui échappait à la coupe des cheveux, la veille chez le coiffeur ou pire, le matin, à la maison, par une mère certes aimante, mais pressée ou d'humeur créatrice dans la réalisation de cette taille.
Sous la blouse lavée de la veille, il n'était pas rare de trouver les habits dominicaux. Cela signifiait qu'il fallait passer la journée en faisant bien attention à ne pas se salir ni  accrocher ou abîmer les vêtements. Sinon, le retour à la maison risquait d'être des plus pénibles.
Donc une journée sans s'amuser. Une journée à ne faire qu'écouter Monsieur l'Instituteur. Une journée à espérer la punition qui priverait de récréation et ainsi, tout en limitant les risques, justifierait ce non amusement.
Enfin, au moment du départ, venaient les recommandations d'usage : "ne fais l'andouille sur la photo", "tiens-toi bien droit et sois sérieux".

Ce jour était à la fois, une contrainte et une aventure. En arrivant à l'école, l'enfant était rassuré de constater que les copains avaient subi les mêmes désagréments matutinaux. D'autant plus que la maître était, lui aussi, rasé de près et apprêté comme une soir de Conseil Municipal. La question était de savoir si sa femme l'avait obligé, lui aussi, à se préparer avec autant de soins ou si c'était de sa propre initiative, qu'il s'était imposé un tel ......sacrifice.

L'attention était grandement troublée par l'attente du photographe. Les élèves assis près des fenêtres n'avaient de cesse de regarder dans la cour pour ne pas rater son arrivée et surtout l'installation de ce professionnel de l'image.
Par de savants codes sémaphoriques, l'ensemble de la classe était informé de l'évolution de la situation. Lorsque la perturbation devenait trop évidente, l'instituteur, pour remédier à cette inattention, sortait son arme suprême : "Bien, maintenant, prenez le cahier rouge !"
Le maudit cahier rouge, synonyme d'angoisse et d'extrême concentration. Le cahier de dictées. Bien évidemment, c'était toujours pendant cet exercice, et lorsque personne ne pouvait relever la tête, que le photographe disposait son matériel. Terminer son devoir, relecture, interrogations sur les accords de participes passés, présents et peut-être à venir, correction de fautes imaginaires puis, ramassage des cahiers.

Enfin, la minute d'immortalité sur papier glacé était arrivée.
Pour une fois disciplinée, la petite troupe arrivait soit dans la cour, soit sous le préau si le temps n'était pas clément.
Là, se trouvait l'appareil sur son trépieds et deux rangées de bancs en guise de gradins. Après les salutations et conciliabules entre l'artiste et le maître des lieux, ce dernier disposait ses élèves sur trois
lignes, en fonction de leur taille : les moyens debout sur les bancs du fond, les grands debout entre les deux rangées et les petits assis sur les bancs de devant. Puis, il venait se placer à côté des gamins, à droite ou à gauche, peut-être en fonction de sa couleur politique, sans prendre garde de l'effet miroir de la photographie, inversait son propre choix !
"Ne bougeons plus."
Clic clac, et tout était terminé.

Et, c'était le retour en classe, en jetant un dernier coup d’œil au photographe qui emballait déjà l'instrument qui leur avait pris une parcelle de leur vie. Pourquoi tant d'énergie dépensée pour quelque chose qui durait si peu de temps ?
Le reste de la matinée était consacré au calcul ou à l'histoire. lorsque la cloche sonnait la fin des cours, les enfants étaient fiers de rapporter à la maison, des tenues à peu près intactes.
L'après-midi, quelle joie de retrouver les habits de tous les jours. L'évènement du matin n'était même plus un souvenir. Les bons élèves écoutaient l'instituteur avec attention, les cancres redevenaient des cancres, la récréation était source d'écorchures et de salissures. Bref, la vie reprenait ses droits.

Il y a, ne serait-ce qu'une quarantaine d'année, cette photo de classe était encore chère au cœurs des parents. Son coût n'était pas négligeable pour la plupart des familles, mais c'était souvent la seule photographie de l'enfant faite dans l'année, sauf si le cousin de la ville venait passer quelques jours durant ses vacances.
Elle faisait, avec fierté, le tour de la famille, puis finissait oubliée au fond d'une boîte en carton.  Mais, malgré les aléas de la vie, les nettoyages de printemps, les déménagements ou autres évènements divers et variés, un jour, elle refaisait surface.
Alors, une partie de l'enfance revenait en mémoire......
Mai 2013

mardi 30 avril 2013

Le Ronchon et Le Brin de Muguet

Un Premier Mai ensoleillé,
Il se promenait dans la rue,
Observant d'un air entendu,
Les vendeurs de brins de muguet.

Un curieux porte bonheur
Où la plus petite clochette
Fait naître dans bien des mirettes
L'espérance de vœux trompeurs.

Car tous les fruits de cette fleur,
Graciles baies rouge-orangées,
Deviennent un mortel danger,
Pour qui veut goûter leur saveur.

Comment peut-on imaginer
Que ce carillon portatif,
Mini clocher d'un jour festif,
Aide la vie de l'ouvrier ?

Combien d'espoirs seront déçus,
Au lendemain de cette fête,
En sachant que vaine est la quête
De ce bonheur entraperçu.

Donc en bougonnant, il marchait,
Résolu à tourner le dos,
Ne pas romber dans le panneau
De ce plaisir factice à souhait.

Une main lui toucha le bras,
L'obligeant à se retourner,
Le plaçant ainsi nez à nez,
Avec un fort charmant minois.

Elle arborait un grand sourire
Et, épinglé sur son chandail,
Un muguet pour toute médaille.
Des diableries pour l'attendrir !

Elle lui tendit un brin en fleur,
Jurant que cette "fée-clochette",
Issue de sa propre cueillette,
Propageait de la bonne humeur.

Il tenta de lui expliquer
Que ce n'étaient que fariboles
Ou alors juste le symbole
De ce que l'on veut oublier.

Mais dans un rire malicieux,
Elle lui dit que ce muguet
N'était pas vendu mais donné
A ceux qui avaient l'air soucieux.

Ne pouvant détacher ses yeux
De son regard persistant,
Il croulait sous ses arguments
Pour rendre tous les gens heureux.

Il finit donc par accepter
Ce cadeau qui venait du cœur
Et qui fit naître, en douceur,
Un émoi par lui ignoré.

Puis revenant à la maison,
Sans y penser, il le glissa
Dedans son livre de chevet,
Souvenir de cette émotion.

Il a retrouvé ce bouquin,
En déménageant ses parents.
Entre les pages, patiemment,
L'attendait ce fragile brin.

Que fait-elle donc aujourd'hui,
Celle qui le lui a donné ?
Heureux de vivre à son côté,
Chaque matin il lui sourit.

Moralité :

Il faut se désintoxiquer
De tout un tas de préjugés.
Le bonheur peut être engendré
Par un simple brin de muguet !!
Avril 2013