mercredi 19 juin 2013

J'Fais du Vélo !

Un simple rayon de soleil
Me mets les mollets en éveil.
Je joue à fond de ma burette
Pour peaufiner ma bicyclette :
Je graisse chaîne et pignon,
Fixe des pneus sur les rayons.
Enfin j'enfourche mon engin,
Afin de vérifier les freins.

Fini le temps du mécano,
Je suis parti, j'fais du vélo !

Cela faisait plusieurs années
Qu'il se languissait, remisé,
Rêvant de vadrouilles, de randos.
Moi, assis devant mon micro,
Oubliant qu'il nous faut bouger,
Je commençais à m'encroûter !
Je veux retrouver la sveltesse
Qui marqua toute ma jeunesse.

Alors, pour perdre des kilos,
C'est décidé, j'fais du vélo !

Concentré sur ma pédalée,
Mon esprit se sent apaisé.
J'oublie les chagrins, les soucis,
Ces noirs cadeaux que fait la vie.
Les aléas, peines de cœur,
Ce qui met à mal le bonheur,
Sans négliger la maladie,
Qui sera l'ultime défi...

Aussi, pour chasser les sanglots,
Tout oublier, j'fais du vélo !

Un peu serré dans mon cuissard,
Je suis étonné de pouvoir
Accumuler les kilomètres.
Je me sens bien dans tout mon être !
Je roule comme propulsé,
Cheminant sans jamais forcer.
Les jambes se sont débridées
Et les mollets décontractés.

J'avance le vent dans le dos,
Je suis heureux, j'fais du vélo !

Je suis enivré par l'ivresse
De goûter sur moi la caresse
D'un air qui fleure la nature,
Et m'incite à baisser l'allure.
Repérer les coquelicots,
Entendre le chant d'un oiseau,
Deviennent des allégories
Prouvant que ce monde est joli.

Soudain je deviens écolo,
Coucou la vie, j'fais du vélo !

Cela fait maintenant deux heures
Que je roule tout en douceur.
Il est temps de faire une pause
Pour prendre un peu de saccharose,
Afin d’éviter la fringale
Qui guète le coursier cigale.
Une boisson au goût sucrée
Est propulsée dans mon gosier.

Boire au bidon, c'est rigolo,
Comme les pros, j'fais du vélo !

Je regarde mon GPS,
Et mets en doute sa justesse,
Car le chiffre fait apparaître
Un grand nombre de kilomètres.
Je me suis peut-être emballé,
Mais maintenant je dois rentrer.
Le retour vers le domicile
Risque fort d'être difficile.

Car moi, je n'ai pas d'EPO,
Même rincé, j'fais du vélo !

Je sais pourquoi j'ai avancé
Avec tant de facilité :
Le vent que j'avais dans le dos,
Je l'ai de face, et c'est ballot !
Les bourrasques sont si violentes,
Que je pédale en descente !
Même si je fais la grimace,
Je suis plus lent qu'une limace...

J'en bave des ronds de chapeau,
Mais pas le choix, j'fais du vélo !

Pédaler au bord de la mer
Peut devenir un vrai calvaire,
Si, comme les mauvais marins,
On ne prévoit pas son chemin.
Les guibolles en accordéon,
Les mains crispées sur le guidon,
Tous mes muscles se tétanisent,
Même ma volonté se brise.

Je n'ai pas l'âme d'un maso,
Ras le bol, fini le vélo !

Que ce retour a été long,
Mais je vois enfin la maison.
Vite, finir cette balade,
J'ai les fesses en marmelade.
Je suis brisé, vidé, rompu,
Tout mon corps semble courbatu.
C'est digne d'un toxicomane,
Que d'être accro à la bécane !

Arrivé je vais illico,
Balancer ce maudit vélo !

Mais je sais bien au fond de moi,
Que malgré tous ces aléas,
Sans pour cela être girouette,
Je reprendrai ma bicyclette !
Car tout en roulant à vélo,
On retrouve ses joies d'ado,
Recouvre son esprit rebelle,
Aussi libre qu'une hirondelle !

Donc, quand le temps sera au beau,
Résolu, j'ferai du vélo !!
Juin 2013

lundi 3 juin 2013

Où Sont Passés Nos Rêves ?

Dans la grisaille ambiante, plaignez le pauvre auteur
Qui n'a qu'une ambition, celle de vous distraire,
Mais dont l'inspiration, face à toutes ces guerres,
Ne génère qu'images dépourvues de couleur.

Même si le soleil darde bien ses rayons,
Que le printemps s'annonce, renaissance sereine,
Nul ne peut endiguer cet océan de haine
Qui suinte des nouvelles diffusées à foison.

On a beau essayer de se changer la tête,
D'aller se promener, de rêver de vacances,
De s'étourdir de chants, de musiques et de danses,
Le cœur reste figé, ne part plus en goguette.

Au nom de quel principe a-t-on pu laisser faire
En sorte d'oublier les sublimes idéaux
De paix, de libertés, pour que les gens, égaux,
Ne se regardent plus comme des adversaires ?

Vous me direz : "voyons, ce ne sont qu'utopies,
Que la vie n'est pas simple, qu'il y a des écueils,
Qu'il faut de ces marottes savoir faire le deuil,
La quête de bonheur, n'est que vue de l'esprit !".

Et pourtant ces idées, venues de notre enfance,
Qui devaient nous aider à vivre pleinement,
En comprenant les autres et en les acceptant,
Etaient gages de paix, d'amour et de confiance.

Confiance en l'être humain, dont seule la pensée
Peut combattre le poids de l'animalité
Que nous portons en nous, et que la société,
En toute diligence, se doit de museler.

Et comment expliquer ces communautarismes
Ethniques, économiques, religieux, fanatiques,
Qui piétinent l'esprit, prônant un idyllique
Paradis pour eux-mêmes, sous couvert d'altruisme.

Que dire des moyens, que ces gens utilisent,
Refusant le dialogue, l'écoute, le discussion.
C'est à coups de violence, tueries, explosions,
Qu'ils masquent surement, leur propre couardise.

Au nom de grands préceptes, on voit tout un chacun
Vouloir anéantir son voisin, son prochain.
Est-ce que vieillissant, je ne comprends plus rien
A ce monde égoïste qui nie le genre humain ?

Le reste de nos vies sera désespérant.
La haine planera, véritable vautour,
Sans qu'un monde meilleur ne voit enfin le jour !
Où sont passés nos rêves et nos espoirs d'enfants ?

Addendum :
Parce qu'au fond de moi, existe un optimisme
Puéril et maladroit, je crois que malgré tout,
L'homme s'en sortira, car il a les atouts
Pour vaincre, à nouveau, tout cet obscurantisme !
Mai 2013

lundi 20 mai 2013

Orphelin

Je n'ai pas eu de promenade,
Main dans la main avec mon père,
Ni les élans, les embrassades,
Tous ces plaisirs élémentaires.
Lorsque je partais en balade,
J'étais seul ou avec mon frère,
La petite enfance est malade
De cette absence tutélaire.

Je jalousais mes camarades,
En les entendant, fort diserts,
Raconter à la cantonnade,
Des récits filiaux ordinaires.
Moi, je n'avais d'autre parade,
Car je ne pouvais que me taire,
Que de partir, bougon, maussade,
Chercher le giron de ma mère.

En sirotant mes orangeades,
Sur la plage, scrutant la mer,
Je laissais mon esprit nomade,
Rêver à ce jour où ce père,
Au retour de quelque croisade,
Me revenait, tel un corsaire,
Pour me conter ses escapades,
Toute sa vie aventurière.

Ce n'était qu'une mascarade,
Ou simplement une chimère,
Rien d'autre qu'une galéjade,
Pour dissimuler la misère
D'un cœur qui battait la chamade,
Empli d'une tristesse amère,
De ce sentiment de panade
Que je portais en bandoulière.

Malgré toutes ces estacades,
Jetées afin de me distraire
De cette désolation froide,
Je revenais les pieds sur terre.
Pour limiter mes incartades,
Je passais par le cimetière,
Voyant derrière la palissade,
La tombe grise de mon père.

J'étais bébé lorsque, malade,
Il fit son ultime croisière.
Tel un bateau resté en rade,
Ma pensée était en jachère.
Je n'ai même pas la pommade
Des souvenirs pour me complaire,
Quelques photos en enfilade,
Garnissent mon imaginaire.

Son odeur lors des embrassades,
Le son de sa voix en colère,
Sont les absences, les brimades,
D'une mémoire lacunaire.
Et le récit d'une décade
De vie commune avec ma mère,
Ne donne qu'une image fade,
Il reste pour moi un mystère.

Lorsque la mort, en embuscade,
Me transformera en poussière,
Je veux pour ultime accolade,
Etre posé près de sa bière.
Tout en lui lançant des œillades,
J'espère pouvoir enfin faire,
Cette dernière promenade,
En serrant la main de mon père.
Mai 2013

vendredi 10 mai 2013

Photo de Classe

A l'heure du numérique, où il n'est même plus nécessaire d'avoir un appareil-photo pour mitrailler tout et rien, aussi rapidement qu'un chapelet d'éternuements causés par un rhume des foins, il est touchant de tomber par hasard, sur une vieille photographie d'enfants alignés pour la traditionnelle photo de classe.

Dans la première partie du siècle dernier, dans ce que l'on nomme actuellement les Régions et qui était alors la Province, l'évènement, car cela en était un, impliquait une modification de la routine matinale.
Le levé était généralement avancé d'une bonne demi-heure car la toilette du gamin se devait d'être exemplaire. Une toilette "en grand", avec savon, sur tout le corps, tignasse comprise ! Vérification des mains, des ongles et des oreilles. Bref, la toilette du dimanche un jour de semaine ! Et encore, bien heureux celui qui échappait à la coupe des cheveux, la veille chez le coiffeur ou pire, le matin, à la maison, par une mère certes aimante, mais pressée ou d'humeur créatrice dans la réalisation de cette taille.
Sous la blouse lavée de la veille, il n'était pas rare de trouver les habits dominicaux. Cela signifiait qu'il fallait passer la journée en faisant bien attention à ne pas se salir ni  accrocher ou abîmer les vêtements. Sinon, le retour à la maison risquait d'être des plus pénibles.
Donc une journée sans s'amuser. Une journée à ne faire qu'écouter Monsieur l'Instituteur. Une journée à espérer la punition qui priverait de récréation et ainsi, tout en limitant les risques, justifierait ce non amusement.
Enfin, au moment du départ, venaient les recommandations d'usage : "ne fais l'andouille sur la photo", "tiens-toi bien droit et sois sérieux".

Ce jour était à la fois, une contrainte et une aventure. En arrivant à l'école, l'enfant était rassuré de constater que les copains avaient subi les mêmes désagréments matutinaux. D'autant plus que la maître était, lui aussi, rasé de près et apprêté comme une soir de Conseil Municipal. La question était de savoir si sa femme l'avait obligé, lui aussi, à se préparer avec autant de soins ou si c'était de sa propre initiative, qu'il s'était imposé un tel ......sacrifice.

L'attention était grandement troublée par l'attente du photographe. Les élèves assis près des fenêtres n'avaient de cesse de regarder dans la cour pour ne pas rater son arrivée et surtout l'installation de ce professionnel de l'image.
Par de savants codes sémaphoriques, l'ensemble de la classe était informé de l'évolution de la situation. Lorsque la perturbation devenait trop évidente, l'instituteur, pour remédier à cette inattention, sortait son arme suprême : "Bien, maintenant, prenez le cahier rouge !"
Le maudit cahier rouge, synonyme d'angoisse et d'extrême concentration. Le cahier de dictées. Bien évidemment, c'était toujours pendant cet exercice, et lorsque personne ne pouvait relever la tête, que le photographe disposait son matériel. Terminer son devoir, relecture, interrogations sur les accords de participes passés, présents et peut-être à venir, correction de fautes imaginaires puis, ramassage des cahiers.

Enfin, la minute d'immortalité sur papier glacé était arrivée.
Pour une fois disciplinée, la petite troupe arrivait soit dans la cour, soit sous le préau si le temps n'était pas clément.
Là, se trouvait l'appareil sur son trépieds et deux rangées de bancs en guise de gradins. Après les salutations et conciliabules entre l'artiste et le maître des lieux, ce dernier disposait ses élèves sur trois
lignes, en fonction de leur taille : les moyens debout sur les bancs du fond, les grands debout entre les deux rangées et les petits assis sur les bancs de devant. Puis, il venait se placer à côté des gamins, à droite ou à gauche, peut-être en fonction de sa couleur politique, sans prendre garde de l'effet miroir de la photographie, inversait son propre choix !
"Ne bougeons plus."
Clic clac, et tout était terminé.

Et, c'était le retour en classe, en jetant un dernier coup d’œil au photographe qui emballait déjà l'instrument qui leur avait pris une parcelle de leur vie. Pourquoi tant d'énergie dépensée pour quelque chose qui durait si peu de temps ?
Le reste de la matinée était consacré au calcul ou à l'histoire. lorsque la cloche sonnait la fin des cours, les enfants étaient fiers de rapporter à la maison, des tenues à peu près intactes.
L'après-midi, quelle joie de retrouver les habits de tous les jours. L'évènement du matin n'était même plus un souvenir. Les bons élèves écoutaient l'instituteur avec attention, les cancres redevenaient des cancres, la récréation était source d'écorchures et de salissures. Bref, la vie reprenait ses droits.

Il y a, ne serait-ce qu'une quarantaine d'année, cette photo de classe était encore chère au cœurs des parents. Son coût n'était pas négligeable pour la plupart des familles, mais c'était souvent la seule photographie de l'enfant faite dans l'année, sauf si le cousin de la ville venait passer quelques jours durant ses vacances.
Elle faisait, avec fierté, le tour de la famille, puis finissait oubliée au fond d'une boîte en carton.  Mais, malgré les aléas de la vie, les nettoyages de printemps, les déménagements ou autres évènements divers et variés, un jour, elle refaisait surface.
Alors, une partie de l'enfance revenait en mémoire......
Mai 2013

mardi 30 avril 2013

Le Ronchon et Le Brin de Muguet

Un Premier Mai ensoleillé,
Il se promenait dans la rue,
Observant d'un air entendu,
Les vendeurs de brins de muguet.

Un curieux porte bonheur
Où la plus petite clochette
Fait naître dans bien des mirettes
L'espérance de vœux trompeurs.

Car tous les fruits de cette fleur,
Graciles baies rouge-orangées,
Deviennent un mortel danger,
Pour qui veut goûter leur saveur.

Comment peut-on imaginer
Que ce carillon portatif,
Mini clocher d'un jour festif,
Aide la vie de l'ouvrier ?

Combien d'espoirs seront déçus,
Au lendemain de cette fête,
En sachant que vaine est la quête
De ce bonheur entraperçu.

Donc en bougonnant, il marchait,
Résolu à tourner le dos,
Ne pas romber dans le panneau
De ce plaisir factice à souhait.

Une main lui toucha le bras,
L'obligeant à se retourner,
Le plaçant ainsi nez à nez,
Avec un fort charmant minois.

Elle arborait un grand sourire
Et, épinglé sur son chandail,
Un muguet pour toute médaille.
Des diableries pour l'attendrir !

Elle lui tendit un brin en fleur,
Jurant que cette "fée-clochette",
Issue de sa propre cueillette,
Propageait de la bonne humeur.

Il tenta de lui expliquer
Que ce n'étaient que fariboles
Ou alors juste le symbole
De ce que l'on veut oublier.

Mais dans un rire malicieux,
Elle lui dit que ce muguet
N'était pas vendu mais donné
A ceux qui avaient l'air soucieux.

Ne pouvant détacher ses yeux
De son regard persistant,
Il croulait sous ses arguments
Pour rendre tous les gens heureux.

Il finit donc par accepter
Ce cadeau qui venait du cœur
Et qui fit naître, en douceur,
Un émoi par lui ignoré.

Puis revenant à la maison,
Sans y penser, il le glissa
Dedans son livre de chevet,
Souvenir de cette émotion.

Il a retrouvé ce bouquin,
En déménageant ses parents.
Entre les pages, patiemment,
L'attendait ce fragile brin.

Que fait-elle donc aujourd'hui,
Celle qui le lui a donné ?
Heureux de vivre à son côté,
Chaque matin il lui sourit.

Moralité :

Il faut se désintoxiquer
De tout un tas de préjugés.
Le bonheur peut être engendré
Par un simple brin de muguet !!
Avril 2013

lundi 15 avril 2013

Dimanche 14 Avril (Enfin le Soleil !)

C'est enfin le moment, depuis près de six mois,
Nous l'attendions si fort, nous étions aux abois,
Guettant dans la grisaille, le plus petit rayon,
Epiant, du baromètre, la moindre variation.
Engoncés dans nos pulls, écharpes et bonnets,
L'hiver nous semblait long, le cœur désespéré.
Mais aujourd'hui c'est sûr, ces temps sont révolus,
L'été nous fait un signe, la vie est revenue.

Pour fêter ce printemps, malgré le jour férié,
C'est dès potron minet, que nous sommes levés.
Le soleil apparaît, majestueux, aveuglant,
Attisant nos pupilles d'un éclat rougeoyant.
Les yeux écarquillés, vêtus de pyjamas,
Il nous manque les plumes, pour devenir incas.
Râ se doit de briller, sans lésine pour nous,
Nouveaux fils du soleil, d'Egypte au Pérou !

La nature, elle aussi, s'éveille à son tour,
Se parant par plaisir, de ses plus beaux atours.
Pâquerettes, crocus parsèment les pâtures,
Offrant à nos regards, une aimable peinture.
Les passereaux, coucous, animaux de basse-cour,
Font un concert de chants qui salue le retour
Des bourgeons, des insectes et autres vers de terre.
C'est bien de retrouver..... la chaîne alimentaire !

Le soleil au zénith, se croyant en été
On perd toute raison, en se laissant aller.
On expose inconscient, sans peur des tavelures,
Sa peau non préparée, aux risques de brûlures !
Les mecs en bermuda, préparent les grillades,
Les femmes en maillot, deviennent des naïades,
Se baignant de lumière, plongeant dans la chaleur,
Semblant toucher du doigt, l'avant-goût du bonheur.

Que la vie semble belle, quand le soleil y danse,
Et que tout un chacun veut suivre la cadence.
Tout paraît plus aisé, on gomme la misère,
On oublie les douleurs et parfois, on espère
Que ce tout premier jour, prémices de l'été,
Préfigure un éden pour nous tous retrouvé.
C'est un réel plaisir de se sentir heureux,
On rêve d'un monde, enfin libre, radieux....

Mais malgré ces espoirs, le lendemain, il pleut !!!
Avril 2013

lundi 8 avril 2013

Joyeux Anniversaire...

Il y a des matins, comm' ça,
Où une ride malvenue
Et quelques cheveux blancs, tenus,
Te plongent dans le désarroi.

Tu as beau scruter ton miroir,
Tu ne trouves pas les raisons
Justifiant ces altérations
Qui t’incitent à broyer du noir

Ou alors est-ce ce printemps,
Sorte d'hiver qui se poursuit,
Grisaille, vent du nord et pluie,
Qui mine le moral des gens ?

Mais pourquoi ainsi s'inquiéter ?
Rien ne justifie ton humeur.
La radio égrenant les heures,
Il est temps de te préparer.

Dans la rue humide, glacée,
Tu aperçois un bon copain
Qui te fait signe de la main,
T'invitant à prendre un café.

En prenant un air débonnaire,
Le cœur rieur et l’œil malin,
Il veut, dans un rire cristallin,
Te souhaiter "Bon Anniversaire".

C'était cela ce sentiment
D’inquiétude, d'appréhension.
C'est la réponse à tes questions,
Tu ressentais le poids des ans !

Comment as-tu pu oublier
Qu'il y a bien ..... pas mal de temps,
Celle que tu nommes Maman
Avait, ce jour là, accouché.

Tu prends conscience maintenant,
Que pendant toute la journée,
Tu vas te trouver confronté
Aux hommages de trop de gens.

Tu voudrais partir en exil,
Franchir une porte pour fuir
Tous ceux qui, pour te faire plaidir,
Te rappellent que le temps file.

Tu sais que c'est par gentillesse
Qu'ils t'adressent tous ces bons vœux,
Pourtant tu n'as pas besoin d'eux
Pour sentir poindre la vieillesse.

Pourtant, tout âge a ses désirs
Qu'il faut goûter avec saveur,
Car la recette du bonheur
C'est de vivre avant de partir.

Ne boude pas cette gaîté,
Accepte ces doux compliments,
Et dis-toi que dans peu de temps,
Tu vas pouvoir te rattraper !

Tu entreras dans le concert
De ceux exprimant à leur tour,
Aux personnes qui les entourent,
Un très Joyeux Anniversaire !

Ton cœur en sera allégé,
Et la boucle sera bouclée !
Avril 2013

lundi 1 avril 2013

Petit Déjeuner à Deux (1er Rendez-vous)

Qu'importe le temps ou le lieu,
Il est plaisant, d'en croiser deux,
Disposés à tout oublier.
Et les noctambules vaseux,
Qui jaloux, voient les amoureux,
Ne peuvent troubler leurs pensées.

Car dans cette nuit à Paris,
Du Pont des Arts au Pont Saint-Louis,
Ils ne songent qu'à musarder,
Oubliant les heures qui fuient,
Continuant après minuit,
De parler pour s'apprivoiser.

Sur le parvis de Notre-Dame,
Doucement se tisse la trame
D'un sentiment dissimulé,
Et leurs mots ne sont que dictames,
Pour masquer l'émoi de leurs âmes,
Par crainte de se dévoiler.

Puis vient le moment attendu,
Où les cœurs se retrouvent à nu,
Quand les défenses sont tombées.
Le discours devient superflu,
Pour vivre ce temps suspendu
Entre rêve et vérité.

Aux premières lueurs du jour,
Ce fou désir d'être toujours
Ensemble sans discontinuer,
Les pousse, sans aucun détour,
A poursuivre ce doux parcours
Vers d'autres sentiers égarés.

Et les voici, distraits badauds,
Devant l'entrée du Parc de Sceaux,
Faces aux grilles cadenassées.
Pour prolonger ce gai complot,
L'idée de prendre un café chaud,
S'impose à leurs esprits troublés.

Le percolateur s'éveillant,
Crache son jus en éructant,
Sans même les importuner.
Les café-crèmes odorants
Et les croissants appétissants,
Ne peuvent brouiller leurs pensées.

Le garçon balaye le trottoir,
Mais ils ne peuvent pas le voir,
Trop occupés à se chercher.
Car l'essentiel de leur regard
Ne fait que charger leur mémoire,
Afin de ne rien oublier.

Un petit-déjeuner à deux
Où la vie se lit dans leurs yeux,
Instant de grâce privilégié.
Ce mystérieux matin frileux,
Premier rendez-vous amoureux,
Restera dans leurs cœurs, gravé.
Mars 2013
(Un grand merci à Aileen Hsiao-Lin pour sa photo)

dimanche 17 mars 2013

La Ballade de "Pas-d'Sous"

Petite fantaisie pour les victimes de ce monde où la réussite ne se traduit que par l'argent, au détriment du plaisir de vivre.

Dans cette société
Notre Dieu est le blé.
On s'émeut, on pleurniche,
On court après l'artiche.

Mais,

Surtout pas de panique
Pour un défaut de fric,
Même si c'est stressant,
Une absence d'argent.

Pour garder le sommeil,
Laissons tomber l'oseille,
Car la bonne fortune
N'est pas liée à la thune.

Mettre entre parenthèse
Cette quête du pèze,
Supprime l'obsession
De la carence de ronds.

Nous aurions le cœur sec
A compter nos kopecks.
Il nous faut des passions
Hors de tous picaillons !

L'amour et l'affection
Se moquent du pognon,
La famille, les amis
Se fichent du grisbi.

Il faut bannir le blues
Provoqué par le flouze,
Car on peut tout créer
Avec ou sans monnaie.

Crions dans la tempête :
"Au diable les pépètes !"
Ce n'est pas un tabou
Que d'être sans-le-sou.

Le plaisir de la vie
Se passe de roupies,
Le cœur est un cadeau
Qui se rit des euros !
Mars 2013

mardi 12 mars 2013

Une Vigne En Hiver

Le bonnet enfoncé, mains chaudement gantées,
Le corps emmitouflé sous les couches de laine,
Le froid cristallisant en nuées son haleine,
Le vigneron s'emploie avec habilité.

En février et mars, c'est le temps de la taille.
Supprimant le bois mort, il compte les bourgeons,
Et les yeux dans les yeux, il coupe le courson,
Qui portera les grains, quête de son travail.

C'est là l'étrangeté de cette profession,
Qui produit le raisin, symbole du soleil,
En grelotant de froid, se glaçant les orteils,
Cela pour contrôler cette végétation.

Car la vigne est ainsi, touffue et débordante.
C'est une obligation de la canaliser.
Il faut donc, en hiver, attendre les gelées
Afin de l'émonder, pendant qu'elle est dormante.

Le voyant besogner, je pense à mon grand-père,
Affairé sur ses vignes, là-bas aux "Amourettes".
Je l'entends maugréer, qualifiant de piquettes
Tous ces vins frelatés, sombres jus de vipère !

Ses vignes sur les dunes, comme à Cap Breton,
Donnaient un vin de sable, pour gosiers...affirmés !
A la Pointe d'Arçay, on peut encore trouver
Quelques pieds égarés, souvent à l'abandon.

Lui aussi, par temps froid, avec son sécateur,
Il ciselait ses ceps méticuleusement,
Rêvant de son nectar, fagotant les sarments
Qui dans l'âtre, le soir, livreraient leur chaleur.

Moments d'isolements et de concentrations
Qui pour tout un chacun, ne serait qu'un calvaire.
Mais le plaisir est là, car c'est pendant l'hiver
Que l'amour du métier saisit le vigneron.

Nous autres ignorants, ne buvant que de l'eau,
Nous avons oubliés pourquoi ces courageux
Affrontent la froidure avec au fond des yeux,
La joie de nous offrir le plus beau des cadeaux.

Le bonnet jusqu'aux yeux, mains chaudement gantées,
Le corps emmitouflé sous les couches de laine,
Le froid cristallisant en nuées son haleine,
Le vigneron s'emploie, en pensant à l'été.
Mars 2013
(Avec l'aimable autorisation pour la photo, du Domaine Laubarel, vins de Gaillac)