jeudi 4 novembre 2010

Effort de Mémoire

Les souvenirs sont de frêles oiseaux migrateurs
Qui, périodiquement, revisitent leurs nids,
Surgissant d'un ailleurs, submergeant nos esprits
D'une impériosité qui tantôt, nous fait peur.

Si certains sont chargés de tristesse, de noirceur,
En nous remémorant des moments de dépit,
Les personnes disparues, rancœurs ou tromperies,
Ils nous minent et parfois, agissent en destructeur.

D'autres sont plus légers, et même excitateurs.
Furtifs, insaisissables tels de fins colibris,
Ils nous rappellent gaiement les plaisirs de la vie.
Du rire et de la joie, ils deviennent les vecteurs.


Les souvenirs sont de frêles oiseaux migrateurs
Qui à chaque passage, créent notre biographie,
Jusqu'à ce que la vie ne soit plus notre amie,
Cédant la préséance à ce vil Alzheimer !

Mais qu'ils soient permanents ou juste baladeurs,
Les souvenirs nous aident à modeler nos vies
Car la mémoire est le carburant de l'esprit.
C'est ce qui permet de concevoir des valeurs.

Aussi, dépêchons-nous de jouir des ces acteurs,
Avant que tout s'efface, que nos joies, nos envies,
Nos peines et nos espoirs, ce qui nous définit,
S'envolent dans la fumée d'un incinérateur.


Les souvenirs sont de frêles oiseaux migrateurs
Qui à chaque voyage nous protègent de l'oubli,
Instillant dans les têtes des parents, des amis,
Des images de nous qu'ils gardent dans leurs cœurs.

En ce mois de Novembre où nous couvrons de fleurs
Les tombes de ces gens que nous avons chéris,
Sachons qu'un de ces jours, nous serons, nous aussi,
Simple tas de poussière guettant un visiteur.

Alors, faisons l'effort, tentons cette gageure
De penser plus souvent à ceux qui sont partis,
Afin que la mémoire prolonge ainsi leurs vies,
En espérant qu'un jour, notre image demeure !
Novembre 2010

mardi 19 octobre 2010

"Game Over - Try Again", Monsieur le Président

Mon fils à vingt cinq ans, moi j'en ai cinquante cinq,
Et nous cherchons, tous deux, un quelconque boulot.
Mon pays, égoïste, nous laisse sur le carreau.
Pour que certains grossissent, il faut que d'autres trinquent !

Je ne sais pas pourquoi nous sommes dans la déveine,
Game over, try again.

Il a fait des études, une école d'ingénieur.
Mais, depuis deux années, il squatte la maison,
Cumulant CDD et travaux d'occasions.
Il finit par penser que l'école est un leurre !

En déprimant il erre et traîne sa dégaine,
Game over, try again.

Moi, c'est une autre histoire. J'ai bossé trente six ans
Dans la même entreprise, grimpant les échelons,
Finissant encadrant, lorsqu'un fond de pensions
A repris à son compte notre établissement.

Ils n'avaient rien à faire de la valeur humaine,
Game over, try again.

C'était une bonne affaire, et un refrain connu :
On prend le savoir-faire, puis restructurations,
Délocalisation de toute la production,
Et le tour est joué, avec une plus-value !

Les personnes licenciées se comptèrent par dizaines,
Game over, try again.

C'est tellement facile dans cette société,
Où l'argent est un but et non un instrument,
Lorsque l'appât du gain crée des dérèglements,
Quand un Etat complice, trouve son intérêt !

Car le libéralisme est une vraie gangrène,
Game over, try again.

Tout ceci pour vous dire, Monsieur le Président,
Que si les gens descendent et parcourent les rues
En criant leurs rancœurs, parfois de façon crue,
Ce n'est pas pour jouer ou pour passer le temps !

Ce n'est pas une histoire de viles calembredaines,
Game over, try again.

Au delà des retraites, c'est toute votre action,
Privilégiant toujours les nantis, vos parents,
Tapant à chaque fois, sur les petites gens,
Que simples citoyens, ainsi nous condamnons.

Après les rires jaunes, c'est maintenant la haine,
Game over, try again.

Sept français sur dix souhaitent votre départ,
Constatant que depuis la dernière élection,
Notre pays s'enfonce dans une récession
Qui transforme la vie en un noir cauchemar.

Franchement, c'en est trop, la coupe est plus que pleine,
Game over, try again.

Ah, comme j'aimerai, Monsieur le Président,
Que votre esprit, un jour, finisse par s'éclairer,
Que vous touchiez du doigt, enfin la vérité,
Que vous démissionniez et partiez sur le champ !

Nous chanterions alors, cette drôle de rengaine :
Game over, try again !
Octobre 2010

mardi 12 octobre 2010

Méprise et Sagesse

Bon, comme je n'ai guère eu le temps de versifier ces derniers jours, je vous offre ces deux petits bonbons :

Méprise

"Monsieur, avez-vous du feu, s'il vous plaît ?"
La jeune femme présente au passant le bout de sa cigarette éteinte.
L'homme s'arrête, la regarde et plonge sa main dans la poche de son manteau.
Il en ressort un revolver qu'il place sur le front de la jeune personne, puis appuie sur la détente.
Le tabac nuit vraiment à la santé, marmonne-t-il en remisant son arme.


Sagesse

10 ans, c'est l'âge de l'insouciance.
20 ans, c'est l'âge de l'espoir.
30 ans, c'est l'âge de l'ambition.
40 ans, c'est l'âge de la jouissance.
50 ans, c'est l'âge des certitudes.
60 ans, c'est l'âge des regrets.
70 ans, c'est l'âge des doutes.
80 ans, c'est l'âge de l'attente.
Et la sagesse, c'est à quel âge ?
La sagesse ?
Regarde ce que les hommes font de notre monde et tu verras qu'elle n'existe pas.

dimanche 3 octobre 2010

Déprime Saisonnière

Que reste-t-il à l'homme, lorsque le rêve a fui ?
Une grosse amertume, une mélancolie,
L'impression d'abandon qui doucement l'entoure,
L'idée qu'il n'y a pas d'issue à son parcours.
Il rejoint peu à peu, le monde des zombies,
Mécaniques sans âme qui marchent sans envie.

Comme ces feuilles qui tombent à la morte saison,
Il s'étiole et se fane et sans cesse, tourne en rond.
Le moindre fait l'énerve, et cela l'exaspère.
Et ne peut contrôler son mauvais caractère.
Se sentant isolé, il frise la déraison,
Et entre dans le monde de l'incompréhension.

Au boulot c'est l'enfer. Il se sent hors circuit.
Il voit que ses collègues ne sont pas des amis.
Il voudrait expliquer, qu'ils viennent à son secours,
Mais ils ne le font pas. Nul n'entend son discours.
Il ne trouve que l'indifférence et le mépris,
Et sait qu'il finira viré, sans préavis !

Il se sent étranger dans sa propre maison.
Pour ses proches, il devient un mauvais compagnon,
Sa tête est pleine de vide, son esprit est désert.
Il n'a plus rien à dire, ses sourires sont amers.
Son conjoint, ses enfants, perdent son attention,
La cellule familiale devient une prison.

Il voudrait qu'on lui dise que tout n'est pas fini,
Qu'il faut toujours se battre, croire en ses utopies.
Mais l'avenir n'est plus qu'un trou noir, sans pourtour.
Son étoile s'est éteinte, il ne voit plus l'amour.
Que reste-t-il à l'homme, lorsque le rêve a fui ?
L'envie irrépressible de ne plus être en vie.
Septembre 2010

dimanche 19 septembre 2010

Addiction(s)

J'aurais pu devenir pollueur tabagique,
Enfumant mes voisins ou mâchouillant ma chique.
Craignant par dessus tout, le manque de cigarettes
Ou allant me damner pour une nicorette !
En crachant mes poumons, à peine réveillé,
J'aurais même oublié l'usage de mon nez.
Vivre sans odorat serait le pire fléau,
Car je ne saurais pas ton odeur sur ma peau.

J'aurais pu devenir un buveur, alcoolique,
Dont les mots avinés seraient ponctués de "hic".
Une trogne rougie et un pif en fleurette,
Enivré à la vue d'une simple "fillette".
Malade le matin, à la vue d'un verre d'eau,
Marchant toute ma vie sur le pont d'un bateau !
Ma gorge tant brûlée ne saurait ni le charme
Ni la joie de goûter le sel de tes larmes.

J'aurais pu devenir accroc cocaïnique,
Me noyant dans la dope, par esprit "héroïque".
Le tête obnubilée par d'étranges aventures,
Et les bras constellés de traces de piqûres.
Tremblant de tout mon être lorsque le manque arrive,
Je laisserai mon corps partir à la dérive.
Ne contrôlant plus rien, ni mes mains, ni mes yeux,
Je ne pourrais alors, caresser tes cheveux.

J'aurais pu me plonger à fond dans la musique,
Les oreilles toutes emplies par de lourdes rythmiques.
Obsédé du walkman, le casque bien collé,
Mes esgourdes ne captant que des airs syncopés.
Le volume saturé provoquant la gangrène,
Je serais déjà sourd ou souffrant d'acouphènes !
Mes osselets frappés par ces coups de tambours,
Je ne pourrais entendre tes tendres mots d'amour.

J'aurais pu tout larguer, une envie boulimique
De jouer les globe-trotters, une démarche épique.
Sillonnant les déserts, les villes et les contrées
En voulant tout comprendre, tout vivre, tout observer.
Mais croire que le monde est bien plus beau ailleurs,
Nous fait souvent passer à côté du bonheur.
Mes yeux dans ce fouillis, n'auraient jamais pu voir,
Les courbes de ton corps, lorsque tu dors, le soir.

J'aurais pu tant de choses que je ne ferai pas,
Plein du bonheur de vivre avec toi, près de toi.
J'ai choisi ton amour, le plus beau des voyages
Car lui seul m'a permis d'écrire les quelques pages
D'un roman où le rêve s'efface devant la vie,
Où la réalité, elle seule, me ravit.
Et si j'ai des envies, des appels, des émois,
Mon unique addiction, ne peut être que toi.
Septembre 2010

mardi 14 septembre 2010

Les Foins


Dès le petit matin, j'aime à pointer le nez
Pour emplir mes narines de cette acre douceur
Qui annonce l'été, le plaisir, la chaleur,
Celle de la senteur du foin juste coupé.

C'est l'heure où la rosée perle sur les herbages,
Quand le soleil se traine, retardant son levé,
Voulant à toute fin, allonger les journées,
Faisant du mois de juin, le plus long des voyages.

Cette odeur de fanage me chatouille la mémoire.
Et je pense à ces bottes qu'il fallait ramasser,
Transporter et ranger pour vite les protéger,
En priant tous les saints, qu'ils ne fassent pas pleuvoir.

A l'époque, on disait :"Nous allons faire les foins".
Les parents, les amis, tout le monde était là
Car pour travailler vite, on rassemblait les bras.
Moi, pendant mes vacances, je leur donnais la main.

La besogne était dure. Du matin jusqu'au soir,
A l'aide d'une fourche, on chargeait les ballots,
Pyramide végétale posée sur des plateaux,
Equilibre précaire qu'un caillou faisait choir !

Puis on montait la meule, sur une surface stable,
Architecture agraire transmise de pères en fils,
Cathédrale végétale, promesse tentatrice
Pour tous les animaux enfermés à l'étable.

Mais aujourd'hui les meules, chez nous, n'existent plus,
Remplacées par des "balles", jetées comme au hasard,
Dans les prés, dans les champs, alignement bizarre,
Sans aucune harmonie, un Carnac incongru !

Nul besoin de complices pour charrier ces ballots.
Un tracteur, une remorque, un chauffeur et voilà.
Une seule personne où il fallait des bras.
Le travail s'effectue au son de la radio.

Les colonnes gigantesques de ces balles entassées,
Forteresses du progrès que l'on voit de très loin,
Sont aussi les symboles de ce que l'être humain
Peut créer pour servir la rentabilité.

Bien sûr que les machines ont allégé l'ouvrage,
Rendant plus efficace le travail des champs.
Mais en privilégiant l'idée de rendement,
On oublie surement la notion de partage.

Et on ne verra plus, sortant d'un tas de foin,
Les jeunes galopins et les douces jouvencelles,
S'époussetant le nez, à l'abri d'une ombrelle,
Après avoir passé un doux moment coquin !

Et ces meules effondrées, à la fin de l'hiver,
Etaient pour les gamins des cachettes rêvées.
Tour à tour château-fort ou montagne écroulées
Pour être aventuriers ou jouer à la guerre.

S'il y a des gosses des rues, je suis un môme des champs.
Et la technicité n'efface ni les odeurs
Du travail de la terre, ni surtout les couleurs,
Preuves de l'éternelle récidive du temps.

Et si j'ai de la chance, je verrai détaler,
Peut-être un fin chevreuil ou bien plus simplement,
Un lapin de garenne courant en zigzaguant,
Autour de ces menhirs végétaux dispersés !
Septembre 2010

mardi 7 septembre 2010

Les Ingrédients du Père Soulé

J'avoue que cet été, je ne fus pas galant,
Vous laissant patienter sur des charbons ardents.
Ce qui n'est pas malin !

Vous avez attendu, vous avez mariné,
Sans avoir de réponse au jeu du Père Soulé.
Ce qui frise le dédain !

Avant que la colère n'altère le bouillon,
Et que notre amitié tourne en eau de cochon,
Ce qui serait crétin !

J'ai enfin décidé de vous sortir du bain
Marie, qui nous regarde, en sera donc témoin.
C'est sûr, il a un grain !

Voici donc, les amis, en guise de conclusion,
Les seize éléments, l'unique solution.
Mais qui a dit enfin ?

Il fallait donc trouver :
- Le sel (1) et le poivre (2) dans : "Plus de sel que de poivre, dans..." (là, c'était trop facile !)
- Le saucisson à l'ail (3) dans :"Chaque jour (...) comme un sot, six sons. A l'ail, base de ..." (OK, un peu tiré par les cheveux !)
- L'ail (4) dans : "Joue avec ses couteaux et parfois, aïe, se coupe"
- Le concentré de tomate (5) dans : "Il se concentre et tôt, mate le résultat" (no comment !)
- La saucisse (6) dans : "Il admire, goûte et sauce, hisse son jugement" (évident, non ?)
- La graisse d'oie (7) dans : "Il agrée, se doit d'être encore..." (plus ardu et peut-être mon préféré !)
- Le lard fumé (8) dans : "Car pour lui, c'est de l'art ! Fumée disent les voisins" (pas si difficile que cela !)
- Le vin (9) pour accompagner le repas, dans : " C'est vrai qu'il (...) il cuisine en vain"
- L'eau (10) dans : "Il aurait bien voulu leur offrir ce cadeau"
- Le thym (11) dans : "Il a le teint blafard..." (les plus simples sont parfois les plus difficiles à trouver !)
- La poitrine de porc (12) dans : "... et mal à la poitrine. De porridges en langoustes..." (rigolo, celui-là, j'adore !)
- Les flageolets (13) dans : " Il n'a plus de courage, voit ses jambes flageoler" (trop facile !)
- Le petit salé (14) dans : "Il se sent petit, sale et voudrait s'arrêter" (celui-là, j'aime bien !)
- Le laurier (15) dans : "Jamais il ne ceindra sa couronne de lauriers" ( ça, c'était cadeau !)
- Les oignons (16) dans : "Et tant pis si tout pète, ce n'est plus ses oignons !"

J'ai une pensée pour tous ceux qui sont tombés dans le piège de la farine, dans : "Atteindre l'absolu, ce phare inexistant".

Et c'est Véronique qui fut la plus rapide (et la seule !) à donner tous les ingrédients.
Enfin, merci à tous pour votre participation .

lundi 6 septembre 2010

Be back

"Hé ho ! Déjà trois mois que tu n'as rien écrit !
Remue-toi la paillasse et sors donc de ton lit !
Sais-tu que sur ton blog tu as quelques amis
Qui voudraient, je l'espère, partager tes écrits ?

- C'est qui, "ki" cause ainsi ? Un fantôme en livrée
Ou bien plus simplement ma conscience réveillée ?
Je n'ai guère travaillé cet été, je l'admets
Et je ne sais pourquoi je suis resté muet.
Ai-je subi le spleen du poète tourmenté
Qui regarde, abêti, sa plume se dessécher ?

- Ne dis pas de bêtises, cesse ces idioties
Ou ta tête deviendra un gros pot de gelly !
Tape sur ton clavier, clique sur ta souris,
Remets-toi à la tâche, les vacances sont finies !

- Non mais, petite voix, tu m'agaces le nez.
C'était une métaphore, je pense que tu connais !
J'écris ce que je veux, en toute liberté,
Même si des noirceurs perturbent ma pensée.

- Ah ! Je ne le crois pas ! Te voici reparti :
Tu veux nous faire accroire que tu as des soucis,
Des craintes sur l'avenir, un futur interdit.
Que notre société, jouant notre asphyxie,
Fait que la création, elle aussi, s'est enfuie !

- Est-ce que l'inspiration peut aussi s'envoler,
Comme les hirondelles, une fois l'été passé ?
C'est vrai que ce curseur qui clignote sans arrêt,
En haut de la page blanche, commence à me lasser.
Il est temps de s'y mettre, cesser de cogiter,
De croire que mes histoires n'ont aucun intérêt.
Dans ce monde indocile où certains vivent terrés,
Enfermés dans leur bulle, se sentant étranger
Même pour leurs voisins, voire refusant d'aimer,
Nous devons, à chacun, essayer d'apporter
Un peu de bonne humeur ou un sourire discret.
Et même si mes textes semblent parfois légers,
Ils n'ont qu'un seul mérite, simplement exister.
Alors, tant pis pour vous, mais je vais continuer
A essayer de pondre des textes versifiés
Qui pourront, je l'espère, vous plaire, vous étonner,
Vous émouvoir et puis parfois vous faire grogner.
Quant à la petite voix, elle ira se cacher
Jusqu'à la prochaine fois, si je traine les pieds
Pour vous offrir un mot. Car on ne sait jamais....
Septembre 2010

vendredi 11 juin 2010

Cauchemar aux Fourneaux

Oyez beaux damoiseaux et gentes damoiselles,
Une histoire édifiante et néanmoins cruelle :
Celle de l'obsession du pauvre père Soulé
Qui voulait, sur le tard, devenir cuisinier.
Ayant travaillé dur durant toute sa vie,
Il n'avait jamais pu céder à cette envie.
Depuis ses quatorze ans, il allait à l'usine,
Et restait planté là, debout, à sa machine.
C'est donc avec plaisir qu'à l'âge de soixante ans,
Il partit en retraite, souriant et confiant.

Cela fait maintenant une dizaine d'année
Qu'il vit dans sa cuisine, solitaire, obsédé
Par l'idée de créer une daube sublime
Qui réconcilierait Epicure et régime !
Pour ce faire, il a même transformé sa maison,
En supprimant les pièces, abattant les cloisons,
Pour pouvoir installer son cellier, ses frigos,
Sa table à préparer, sa cave et son piano.
Il a juste gardé pour son intimité,
Un coin pour déposer sa paillasse, son chevet.

Il ne sort presque plus et reste ainsi cloîtré,
Sauf pour aller chercher, lors des jours de marché,
Les nouveaux ingrédients qu'il veut incorporer
Dans sa recette magique, pour tenter d'arriver
Au nirvana suprême, se croire au firmament,
Atteindre l'absolu, ce phare inexistant.
Plus de sel que de poivre, dans ses rares cheveux,
Les aromates, à force, lui picotent les yeux.
Il entend dans sa tête, six voix venues d'ailleurs
Qui lui donnent des conseils, ou veulent faire son malheur.

Il se croit investi d'une divine mission !
Chaque jour il attend ces, comme un sot, six sons.
A l'ail, base de tout, il ajoute tout et rien,
En se disant qu'un jour, et pourquoi pas demain,
Il trouvera enfin la clef de ce mystère.
Mais sa propre impatience, toujours le désespère.
Il s'agite, tournoie, fait tomber les soucoupes,
Joue avec ses couteaux et parfois, aïe, se coupe !
Chaque fin de cuisson le met dans l'embarras.
Il se concentre et tôt, mate le résultat.

Il admire, goûte et sauce, hisse son jugement.
Il agrée, se doit d'être encore plus exigeant.
Bref, en définitive, il n'est jamais content !
Cela fait rigoler les passants, tous ces gens
Installés, comme il faut, qui le prennent pour un fou.
Il finit par penser qu'ils ne sont que jaloux,
Car pour lui, c'est de l'art ! "Fumée, disent les voisins,
Faire bouillir un tendron, ce n'est pas très malin !"
C'est vrai qu'il n'avance pas et qu'il cuisine en vain.
Très affligé, il pleure, la tête dans ses mains.

Il aurait bien voulu leur offrir ce cadeau,
Pour enfin faire taire ces stupides ragots.
Mais il est fatigué, ces critiques l'assassinent.
Il a le teint blafard et mal à la poitrine.
De porridges en langoustes, il a tout essayé.
Il n'a plus de courage, voit ses jambes flageoler.
Il se sent petit, sale et voudrait s'arrêter.
Jamais il ne ceindra sa couronne de lauriers !
La tête dans son four, il met le gaz à fond.
Et tant pis si tout pète, ce n'est plus ses oignons !

Epilogue
Suivant le corbillard, qui va au cimetière,
J'entends les commentaires de certaines mégères
Qui, encore, se moquent en le voyant passer,
Créant cet épitaphe : "C'était un cas, Soulé !"
Juin 2010

Voilà, voilà, tout ça pour ça !
Parfois, j'ai honte....
Félicitations pour être arrivé jusque là !
Mais ne vous fâchez pas, il y a un jeu "culinaire" dissimulé dans le texte :
Qui pourra retrouver les 16 éléments de base de cette ......... daube ?

mardi 8 juin 2010

Péter la Mogette (P'tite chanson)

Je sais que ma plume paresse,
Que je peine sur mes écrits.
Ma page blanche s'agrandit,
Ma rédaction est en détresse !
Pourtant les beaux jours sont venus :
Le printemps, l'heure du renouveau,
Et le retour des p'tits zoziaux.....
C'est trop mauvais ! Je suis fichu !

Il faut que cette histoire s'arrête,
Ou je vais péter la mogette !

Merci de ne pas m'en vouloir,
Car ce n'est pas de mon plein gré
Si je vous prive de mes dragées.
Coup de déprime, de désespoir.
Mais, peut-être, sont-ce les soucis
Qui me taraudent, prennent ma caboche.
Mon avenir me semble moche,
Tous mes rêves se sont évanouis.

Il faut que cette histoire s'arrête,
Ou je vais péter la mogette !

L'imagination en déroute,
Je tourne en rond comme un cloporte.
Absent, caché derrière ma porte,
Comme un réfugié à Beyrouth.
Enfoncé dans mon canapé,
Les yeux scotchés à mes écrans,
Web et télé, omniprésents,
Je vis le monde et ses dangers.

Il faut que cette histoire s'arrête,
Ou je fais péter la mogette !

Mais quelle est cette réalité
Que l'on nous martèle à loisirs ?
Lavage de cerveau pour construire
Un univers virtualisé ?
E-mail, i-pad, facebook, twiter
Sont les nouvelles clés du bonheur.
Vivre seul pour un monde meilleur,
Aseptisé, friqué, "fliqueur" ?

Il est tant que ce monde s'arrête,
Ou je fais péter la mogette !

Mais comment faisions-nous avant
Pour se connaître, se dire bonjour,
Se sourire, rencontrer l'amour,
Pour vivre ensemble, tout simplement ?
Certains cherchent à nous arnaquer,
Nous écraser, nous mettre en miettes.
Face à ces miroirs aux alouettes,
Monte en moi l'envie de scander :

Je sens venir une tempête,
Nous ferons péter la mogette !!
Juin 2010