samedi 12 mars 2011

Tourtisseaux et Guenilleux

Le nez sur le rebord et les yeux à hauteur,
Au plateau de la table, agrippant fort des mains,
Le bambin, fasciné, suit le lent va et vient
De la roulette crantée, maniée avec ardeur.

Aujourd'hui Mardi-Gras, moment où sa grand-mère
Prépare pour les gourmets, en grande quantité,
De dodus tourtisseaux à la fleur d'oranger,
Qu'elle ira distribuer à de joyeux compères.

Il est bien étonnant de voir cette femme en noir,
Sans foi ni religion, foncièrement athée,
Se vantant même parfois de "croquer du curé",
Préparer ces beignets comme on fait son devoir.

Drôle de fête religieuse qui permet la bombance,
Le délire, la folie, les permissivités,
Avant que la Carême vienne tout arrêter
Prônant à contrario, le totale abstinence.

L'enfant lui, ne sait pas ce que ces mots veulent dire.
Il scrute, salivant, cette pâte étalée
Devenir un amas de losanges réguliers
Qui prendront des rondeurs dans la bassine à frire.

La gourmandise le pousse, il devient impatient,
En voyant se gonfler ces pâtons aplatis.
Son envie le tenaille, aiguise son appétit.
Il lance à son aïeule, un regard de mendiant.

"Patience, je termine", murmure sa mémé,
Précisant qu'à son heure, il sera bien servi.
Mais il devra attendre le passage des conscrits
Qui viendront réclamer leur part de "charité".

Au dehors souffle un vent gonflé par la marée.
Il pousse vers le village, des nuages de suie
Qui déversent à loisir, cette glaciale pluie,
Symbole d'un hiver sans neige ni gelée.

Mais l'enfant n'a que faire de tout ce mauvais temps.
Il se sent protégé, nimbé par la chaleur
Du bois ronflant dans l'âtre. Et bercé par l'odeur
De farine et de sucre, il jouit de ce moment.

Rien ne pourrait troubler cette douce quiétude
Qui le tient prisonnier d'une attente gourmande.
Il n'entend même pas, au loin, la sarabande
De tous ces jeunes gens chantant leur gratitude.

Ce sont les coups frappés aux carreaux de la porte
Qui le font s'ébrouer, sortir de sa torpeur.
Un monstre tend ses mains, bruyant et quémandeur.
Il craint un court instant, que ce martien l'emporte !

Ce sont les "guenilleux", couverts de toiles de jute,
Qui réclament des denrées, œufs, gâteaux ou boissons,
Afin de faire la fête, ce soir, à l'unisson,
Enfin débarrassés de cette allure hirsute.

Ils frappent aux maisons, le visage masqué,
Afin de pouvoir dire ses quatre vérités
A l'hôte indélicat qui voudrait refuser
De donner son écot à ces festivités.

Une fois sa besace saturé de gâteaux,
Ce manant remercie, faisant une révérence,
Qui dans un tel costume, frise l'impertinence,
Puis s'enfuit pour rejoindre les autres zigotos.

Dans les jupes de l'aïeule, le gamin, réfugié,
Cherche le réconfort pour conjurer sa peur.
Elle lui saisit la main, l'écartant en douceur,
Et l'entraine gentiment vers le garde-manger.

Derrière les deux battants, trône un grand saladier
Remplis de tourtisseaux qu'elle lui a réservé.
Ils sont dorés, sucrés, le meilleur des goûters.
Toute peur évanouie, il va se régaler !
Mars 2011

dimanche 13 février 2011

Deux Minuscules Pâquerettes


Deux minuscules pâquerettes
Semblaient vouloir conter fleurette,
De façon plutôt incongrue.
Car en ce mois de février,
Lorsque le temps est aux gelées,
C'est une chose inattendue.

Surpris devant tant de hardiesse,
M'accroupissant, talons aux fesses,
Je restais là, interloqué.
Incrédule, je le confesse,
Vouant cette vision au stress
D'un emploi du temps surchargé.

Tâtant doucement la corolle,
Craignant de perdre la boussole,
Je voulais juste m'assurer,
Qu'en véritable cas d'école,
Cette étrangeté horticole,
Etait une réalité.

Quel magicien, quel diablotin,
Les avait posées, ce matin,
Alors que j'allais acheter,
A celle qui tient mon destin,
Pour fêter la Saint Valentin,
Un gros bouquet de fleurs coupées.

Et si c'était juste un rappel
Qu'il faut aller à l'essentiel,
Dans notre monde "sur-consommé".
Que l'amour n'est pas matériel,
Qu'il faut, pour qu'il soit fonctionnel,
Surtout de la simplicité.

La grandeur du sentiment
Ne se calcule, assurément,
Pas au total des sous versés.
Et cette obsession des présents,
N'est pas un sujet important,
Depuis que nos vies sont mêlées.

Je vis toujours avec l'image
De ton regard, faussement sage,
Chargé de vie et de gaîté.
Nos cœurs bâtirent une cage,
Pour que notre amour emménage,
Promesse d'une éternité.

Les soucis, les bleuets de l'âme,
Les joies, les peines, les petits drames,
Sont absents lorsqu'on est aimé.
Tu es ma vie, l'unique sésame
De mon bonheur, sans psychodrame,
Seul embarras de mes pensées.

Et le plus aimable présent
Est bien de consacrer du temps
A l'âme sœur que l'on chérit.
Penser qu'il n'est pas aberrant
De croire encore, comme un enfant,
Que l'amour seul, régit la vie.

Alors j'ai pris ces pâquerettes,
Duo d'amour, doux tête-à-tête,
Pour les rempoter tout de go,
Tout en oubliant ces recettes
Qui masque l'amour de bluettes,
De monceaux de fleurs, de cadeaux.

Que ces deux simplistes fleurettes
Reflètent ce qui reste ma quête :
D'être toujours auprès de toi,
Afin que jamais ne s'arrête,
Malgré le temps et les tempêtes,
L'amour que tu fais naître en moi.
Février 2011

samedi 5 février 2011

Trois Cousins


Ils étaient trois cousins qui se suivaient en âge,
Issus du même sang, vivant dans ce village
Où la population, assumant un clivage,
Vaque sur un bateau ou dans un pâturage.

Ils se trouvaient très proches, un écart d'une année
Sur l'échelle de la vie, les avait espacés.
Tout comme une fratrie, ils se sentaient liés
Et jouissaient pleinement de ces heures partagées.

Le plus vieux, créatif, incitait ses cousins
A suivre ses idées, indiquant le chemin.
Le cadet, malicieux, agissait à l'instinct.
Le plus jeune, en artiste, peaufinait le dessein.

On les voyait courir entre digues et pâtures,
Inventant des histoires, vivant des aventures,
Ou bien, à l'atelier, au milieu de la sciure,
Se fabriquer en bois, des épées miniatures.

Ils rêvaient de voyages, se devinant corsaires,
Car la proximité obsédante de la mer,
Les exhortait bien sûr, à quitter cet estuaire,
Pensant qu'ils partiraient ensemble, solidaires.

Ils étaient trois cousins qui se suivaient en âge,
Issus du même sang, vivant dans ce village
Où la population, assumant un clivage,
Œuvre sur un bateau ou dans un pâturage.

L'océan, comme la vie, n'est pas de tout repos,
Et les bateaux affrontent le tumulte des eaux.
Les drames de l'existence, insupportables maux,
Ont fini par défaire cet aimable trio.

Lorsqu'elle est trop pesante, trop dure à supporter,
La souffrance peut venir à bout de l'amitié.
Un réflexe stupide nous fait nous isoler
Pour que notre abattement ne soit pas partagé.

Dans ces jours de tempête, on cherche dans son cœur
Un rayon de soleil, un éclat, une lueur,
La chaleur d'un été, un tout autre bonheur,
Pour tenter d'oublier cette atroce douleur.

C'est ainsi que, sans doute, délaissant son ancrage,
Chacun sur son son esquif, a tracé son sillage,
En gardant bien enfoui, immortel tatouage,
Sans vouloir y songer, du malheur, ces images.

Mais rien n'est immuable, et un jour, dès l'aurore,
Lorsque tout ce passé sortira des sabords,
Que l'envie d'être ensemble sera présente, encore,
Ces voiles égarées regagneront le port.

Nous étions trois cousins qui nous suivions en âge,
Issus du même sang, vivant dans ce village
Où les individus, assumant un clivage,
Bossent sur un bateau ou dans un pâturage.

Nous nous retrouverons un jour, assurément,
Non pas pour partager nos anciens jeux d'enfants,
Mais parce que les liens qui unissent les gens
Résisteront toujours à l'usure du temps.
Février 2011
Un grand merci affectueux à Luc H. pour ce dessin qui m'a donné l'envie d'écrire ce texte.

dimanche 23 janvier 2011

Lettre à Ibtissem


Lors de quelques vacances, tout près de Monastir,
Entre maintes images et autres souvenirs,
Soleil,et promenades, découvertes et plaisirs,
J'ai gardé en mémoire la beauté d'un sourire.

Jeune femme soignée, polyglotte, diplômée,
Par le monde qui l'entoure, toujours intéressée,
Avide d'expliquer et de nous dévoiler
Les charmes de ce lieu que l'on ne peut qu'aimer.

Mais parfois dans vos yeux, une ombre de tristesse
Assombrissait vos dires, tuait cette allégresse,
Lorsque vous abordiez, toujours avec adresse,
Les attentes, les espoirs de toute la jeunesse.

Quel sera l'avenir ? La peur du célibat,
Les contrôles policiers et le pouvoir d'achat,
Corruption et censure. Mais aujourd'hui je crois
Que vous vous êtes jetée dans un noble combat.

Dans ces temps de tumulte, où êtes-vous passée ?
Je vous vois, le cœur pur, face ces gens casqués
qui matraquent et qui tuent ces jeunes révoltés,
Agiter l'étendard de votre liberté.

Galopant ça et là, de groupes en barricades,
Dénonçant tant d'années de censures, de brimades,
Vos cheveux noirs dénoués, bravant la fusillade,
Ou haranguant la foule, juchée sur une estrade.

Mais qui suis-je, moi, ici, pour dégoiser ainsi ?
Un touriste d'Europe qui prit votre pays
pour un coin très pratique de séjours à bas prix ?
Non, juste un admirateur qui vous parle en ami.

Comment ne pas comprendre votre animosité,
Face à nos chefs d'Etats, pleins de complicité,
Prêts à fermer les yeux, vile facilité,
Préservant, soi-disant, une stabilité !

Les droits de l'homme ne sont que rêves chimériques,
Lorsque les intérêts sont, eux, économiques !
Et pour leurs électeurs, un Maghreb pacifique,
C'est la promesse indue de vacances séraphiques...

Mais aujourd'hui, c'est vous qui tenez dans vos mains,
Cette chance inouïe de tracer un chemin
Bordé par d'odorants massifs de jasmin,
Tout en préservant la liberté de chacun.

Surtout faites attention,ne soyez pas grisée.
Sachez bien que précieuse est cette liberté.
C'est un enfant fragile, tellement convoité,
Qu'il faudra, chaque jour, jalousement veiller.

De Douz à Monastir, de Tunis à Kairouan,
Le peuple tunisien a chassé ces manants
Qui n'espèrent de la vie que pouvoir et argent.
Prémices, dans ce monde, d'un grand chambardement ?

Maintenant vous pouvez rire, chanter et parler.
Profitez de l'instant, de la vie retrouvée.
Mais il faudra du temps pour tout recommencer,
Bâtir durablement une nouvelle société.

Postscriptum :
Mais surtout, pour conclure, comme je vous sais gourmande,
De makrouts, de loukoums, de confitures, d'amandes,
Ne succombez pas trop à toutes ces offrandes,
Au risque de payer un jour le dividende !
Janvier 2011

lundi 17 janvier 2011

Une Jeune Femme Assise...

Une jeune femme assise, qui attend quelque chose
Ou peut-être quelqu'un, ou fait juste une pause.
Son visage est charmant mais je fronce le sourcil,
Car je vois une goutte accrochée à son cil.

Est-ce un reste d'ondée qui frappe la verrière
De cette gare bruyante, qui telle la fourmilière,
Abrite, pour quelques temps, une foule de gens
Egarés, habitués, pressés ou hésitants ?

Est-ce une perle de suée, après avoir couru
A travers cette immense salle des pas perdus ?
Inquiète par le risque de louper son train,
Sésame incontournable des horizons lointains.

Est-ce, comme Pierrot, une larme éternelle,
Blessure qu'elle gardera dans le plus profond d'elle ?
Symbole d'un amour impossible ou fini.
L'a-t-il abandonné ou bien s'est-elle enfuie ?

Mais pourquoi cette goutte reste-t-elle accrochée,
Refusant, sur la joue, de se laisser glisser ?
Telle une aigue-marine, parure naturelle,
Elle attire le regard et rend cette femme belle.

Belle par le mystère qui entoure cet instant,
Moment privilégié au milieu de ces gens
Conformistes et stressés, qui refusent l'aventure
Et ignorent le monde, le nez dans leurs chaussures.

Il faut que je dénoue cette énigme, ce secret.
Juste le temps d'aller composter mon billet.
J'aperçois la machine, objet d'art incongru,
Un "clac", je me retourne, la dame a disparu !

Sur la pointe des pieds, j'examine la foule
Qui ondule et reflue, un peu comme la houle
D'un océan sauvage et jamais reposé,
Dans lequel l'inconnue est partie, s'est noyée !

Je ne saurai jamais qu'elle était cette gemme,
Cet ornement discret qui me vaut ce poème.
Et c'est en repensant au texte d'Antoine Pol,
Que je repars, frustré, en remontant mon col.
Janvier 2011
Comme elle pensait, à juste titre, que depuis quelques temps, ce blog manquait de couleurs, Persilya m'a envoyé ce charmant dessin, ce dont je la remercie chaleureusement.

samedi 1 janvier 2011

Voeux 2011

Il est de bon aloi, c'est une tradition,
Au matin de ce jour, premier de l'an nouveau,
Lorsque l'on est encore dans la brume des tonneaux,
De prendre derechef, de bonnes résolutions.

On se rêve angélique, donnant bonnes paroles,
Persuadés que nos souhaits seront tous tenus,
Promettant tant de choses que les déconvenues
Ne pourront qu'advenir, supprimant l'auréole.

Et que peut-on penser des ces gens importants
Qui nous assènent des vœux chargés d'hypocrisie
Où la sincérité se retrouve travestie
A l'image exemplaire de notre Président.

Non, véritablement, bien qu'il s'agisse d'us,
Ancestraux, redondants, je crois que cette année
Je laisserai tomber, je resterai muet.
A ces mea-culpa, je ne ferai chorus !

L'inquiétude est palpable car les temps qui s'annoncent,
Dans la continuité de l'année deux mille dix,
Qui ne fût, loin s'en faut, une année de délices,
Risquent de voir nos fleurs envahies par les ronces.

Alors, comment trouver dans ce monde illusoire,
Où l'égoïsme étouffe les actions solidaires,
Où les croyances font des hommes, des adversaires
Cette simple lueur que l'on appelle l'espoir ?

Pourtant j'ai bien envie de donner, à vous tous,
Aux intimes, aux parents ou à ces inconnus
Qui liront par hasard, ces lignes incongrues,
L'esquisse d'un sourire sur toutes vos frimousses.

Aussi, pour le moment, c'est en copiant les bonzes,
Qui recherchent la paix et la sérénité,
Que je vous souhaite, à tous, réussite et santé,
Afin qu'elle soit bonne, cette année 2011 !

Envoi (1)
Mais en ce qui concerne les bonnes résolutions,
Comme je ne les tiendrais pas, de toute façon,
Etant bien trop âgé pour suivre les leçons,
N'attendez pas de moi que je change d'opinions.
Na !

Envoi (2)
Et puis, avec un "onze", que peut-on faire rimer ?
Car même avec le foot, nous sommes désespérés !
A part "bronze" ou bien "gonze", le choix est resserré,
Alors, ce petit "bonze" n'est pas si mal trouvé !
Non ?
Janvier 2011

jeudi 4 novembre 2010

Effort de Mémoire

Les souvenirs sont de frêles oiseaux migrateurs
Qui, périodiquement, revisitent leurs nids,
Surgissant d'un ailleurs, submergeant nos esprits
D'une impériosité qui tantôt, nous fait peur.

Si certains sont chargés de tristesse, de noirceur,
En nous remémorant des moments de dépit,
Les personnes disparues, rancœurs ou tromperies,
Ils nous minent et parfois, agissent en destructeur.

D'autres sont plus légers, et même excitateurs.
Furtifs, insaisissables tels de fins colibris,
Ils nous rappellent gaiement les plaisirs de la vie.
Du rire et de la joie, ils deviennent les vecteurs.


Les souvenirs sont de frêles oiseaux migrateurs
Qui à chaque passage, créent notre biographie,
Jusqu'à ce que la vie ne soit plus notre amie,
Cédant la préséance à ce vil Alzheimer !

Mais qu'ils soient permanents ou juste baladeurs,
Les souvenirs nous aident à modeler nos vies
Car la mémoire est le carburant de l'esprit.
C'est ce qui permet de concevoir des valeurs.

Aussi, dépêchons-nous de jouir des ces acteurs,
Avant que tout s'efface, que nos joies, nos envies,
Nos peines et nos espoirs, ce qui nous définit,
S'envolent dans la fumée d'un incinérateur.


Les souvenirs sont de frêles oiseaux migrateurs
Qui à chaque voyage nous protègent de l'oubli,
Instillant dans les têtes des parents, des amis,
Des images de nous qu'ils gardent dans leurs cœurs.

En ce mois de Novembre où nous couvrons de fleurs
Les tombes de ces gens que nous avons chéris,
Sachons qu'un de ces jours, nous serons, nous aussi,
Simple tas de poussière guettant un visiteur.

Alors, faisons l'effort, tentons cette gageure
De penser plus souvent à ceux qui sont partis,
Afin que la mémoire prolonge ainsi leurs vies,
En espérant qu'un jour, notre image demeure !
Novembre 2010

mardi 19 octobre 2010

"Game Over - Try Again", Monsieur le Président

Mon fils à vingt cinq ans, moi j'en ai cinquante cinq,
Et nous cherchons, tous deux, un quelconque boulot.
Mon pays, égoïste, nous laisse sur le carreau.
Pour que certains grossissent, il faut que d'autres trinquent !

Je ne sais pas pourquoi nous sommes dans la déveine,
Game over, try again.

Il a fait des études, une école d'ingénieur.
Mais, depuis deux années, il squatte la maison,
Cumulant CDD et travaux d'occasions.
Il finit par penser que l'école est un leurre !

En déprimant il erre et traîne sa dégaine,
Game over, try again.

Moi, c'est une autre histoire. J'ai bossé trente six ans
Dans la même entreprise, grimpant les échelons,
Finissant encadrant, lorsqu'un fond de pensions
A repris à son compte notre établissement.

Ils n'avaient rien à faire de la valeur humaine,
Game over, try again.

C'était une bonne affaire, et un refrain connu :
On prend le savoir-faire, puis restructurations,
Délocalisation de toute la production,
Et le tour est joué, avec une plus-value !

Les personnes licenciées se comptèrent par dizaines,
Game over, try again.

C'est tellement facile dans cette société,
Où l'argent est un but et non un instrument,
Lorsque l'appât du gain crée des dérèglements,
Quand un Etat complice, trouve son intérêt !

Car le libéralisme est une vraie gangrène,
Game over, try again.

Tout ceci pour vous dire, Monsieur le Président,
Que si les gens descendent et parcourent les rues
En criant leurs rancœurs, parfois de façon crue,
Ce n'est pas pour jouer ou pour passer le temps !

Ce n'est pas une histoire de viles calembredaines,
Game over, try again.

Au delà des retraites, c'est toute votre action,
Privilégiant toujours les nantis, vos parents,
Tapant à chaque fois, sur les petites gens,
Que simples citoyens, ainsi nous condamnons.

Après les rires jaunes, c'est maintenant la haine,
Game over, try again.

Sept français sur dix souhaitent votre départ,
Constatant que depuis la dernière élection,
Notre pays s'enfonce dans une récession
Qui transforme la vie en un noir cauchemar.

Franchement, c'en est trop, la coupe est plus que pleine,
Game over, try again.

Ah, comme j'aimerai, Monsieur le Président,
Que votre esprit, un jour, finisse par s'éclairer,
Que vous touchiez du doigt, enfin la vérité,
Que vous démissionniez et partiez sur le champ !

Nous chanterions alors, cette drôle de rengaine :
Game over, try again !
Octobre 2010

mardi 12 octobre 2010

Méprise et Sagesse

Bon, comme je n'ai guère eu le temps de versifier ces derniers jours, je vous offre ces deux petits bonbons :

Méprise

"Monsieur, avez-vous du feu, s'il vous plaît ?"
La jeune femme présente au passant le bout de sa cigarette éteinte.
L'homme s'arrête, la regarde et plonge sa main dans la poche de son manteau.
Il en ressort un revolver qu'il place sur le front de la jeune personne, puis appuie sur la détente.
Le tabac nuit vraiment à la santé, marmonne-t-il en remisant son arme.


Sagesse

10 ans, c'est l'âge de l'insouciance.
20 ans, c'est l'âge de l'espoir.
30 ans, c'est l'âge de l'ambition.
40 ans, c'est l'âge de la jouissance.
50 ans, c'est l'âge des certitudes.
60 ans, c'est l'âge des regrets.
70 ans, c'est l'âge des doutes.
80 ans, c'est l'âge de l'attente.
Et la sagesse, c'est à quel âge ?
La sagesse ?
Regarde ce que les hommes font de notre monde et tu verras qu'elle n'existe pas.

dimanche 3 octobre 2010

Déprime Saisonnière

Que reste-t-il à l'homme, lorsque le rêve a fui ?
Une grosse amertume, une mélancolie,
L'impression d'abandon qui doucement l'entoure,
L'idée qu'il n'y a pas d'issue à son parcours.
Il rejoint peu à peu, le monde des zombies,
Mécaniques sans âme qui marchent sans envie.

Comme ces feuilles qui tombent à la morte saison,
Il s'étiole et se fane et sans cesse, tourne en rond.
Le moindre fait l'énerve, et cela l'exaspère.
Et ne peut contrôler son mauvais caractère.
Se sentant isolé, il frise la déraison,
Et entre dans le monde de l'incompréhension.

Au boulot c'est l'enfer. Il se sent hors circuit.
Il voit que ses collègues ne sont pas des amis.
Il voudrait expliquer, qu'ils viennent à son secours,
Mais ils ne le font pas. Nul n'entend son discours.
Il ne trouve que l'indifférence et le mépris,
Et sait qu'il finira viré, sans préavis !

Il se sent étranger dans sa propre maison.
Pour ses proches, il devient un mauvais compagnon,
Sa tête est pleine de vide, son esprit est désert.
Il n'a plus rien à dire, ses sourires sont amers.
Son conjoint, ses enfants, perdent son attention,
La cellule familiale devient une prison.

Il voudrait qu'on lui dise que tout n'est pas fini,
Qu'il faut toujours se battre, croire en ses utopies.
Mais l'avenir n'est plus qu'un trou noir, sans pourtour.
Son étoile s'est éteinte, il ne voit plus l'amour.
Que reste-t-il à l'homme, lorsque le rêve a fui ?
L'envie irrépressible de ne plus être en vie.
Septembre 2010